Pierre Michon
Jean-Philippe Toussaint
Stéphane Zagdanski
Charles Juliet
Andreï Makine
Les goûters philo
André Comte-Sponville
Fred Beltran
Xmen 2 (nouveauté)
Décalage Horaire
Dragon rouge
Michael J. Sheehy (nouveauté)
The Libertines/The Music
New Order
Magnus Lindberg
Biennale de Venise 2002
Jean-Claude Dauguet
Le noir gothique
Yves Coppens
Le monde selon Nadège
 
Recherche express
sur HorsPress ? Le moteur de recherche interne du site est à votre disposition...
 
Pour être tenu(e) au courant des mises à jour d'HorsPress, laissez-nous votre email !
 
HorsPress est configuré pour IE5 et sup, un écran de 1024*768
 


Fred Beltran - Crédit Photo : www.humano.com Fred Beltran, le dessinateur cyborg
       Nombreux sont les dessinateurs qui, comme Philippe Druillet, Benoît Sokal ou François Schuiten s'intéressent à l'infographie et au multimédia, mais rares sont ceux qui ont réussi l'impossible pari de réaliser une bande dessinée, au sens classique du terme, c'est-à-dire au format de l'album, en intégrant subtilement et avec ingéniosité les techniques les plus sophistiquées de l'informatique actuelle. Fred Beltran en fait partie. Avec la série Megalex dont le deuxième tome, intitulé l'Ange bossu, est sorti en mars dernier, Beltran poursuit une œuvre singulière où le crayon, l'encre et le pinceau ont été délaissés au profit de la tablette graphique et de l'ordinateur. En résulte une œuvre hybride où le support le plus artisanal (la planche de l'album) s'allie à une plastique tout droit sortie des nouvelles technologies : en somme, une BD en 3D sur surface plane. Rencontre avec ce dessinateur du troisième type.

Jean-Louis Tallon - Où et quand êtes vous né ?

Fred Beltran - Le 15 septembre 1963 à Levallois-Perret, dans l'hôpital anglais [rires].

JLT - Fred Beltran est votre vrai nom ?

FB - Oui. Mon prénom complet, c'est Frédéric mais tout le monde m'appelle Fred. J'ai préféré signer de " Fred Beltran " au lieu de Beltran, seul, car il y avait déjà un certain Mickey Beltran.

JLT - Où avez-vous fait vos études ? Dans la région parisienne ?

FB - Oui. Après avoir vécu dans le 17ème arrondissement de Paris, nous sommes allés habiter dans une cité de la banlieue-est. J'y ai passé toute mon enfance et mon adolescence. Pour ce qui est des études, je n'étais pas un élève assidu. J'ai atteint la Terminale par miracle mais cela n'a pas suffi : j'ai raté mon bac ! Ce n'est donc pas très glorieux.

JLT - Comment êtes-vous venu à la bande dessinée ?

FB - Dès l'âge de 6 ou 7 ans, je réalisais presque chaque année un album de bande dessinée. Une année, j'étais influencé par Franquin, l'année suivante par Druillet, etc… Même si mes BD restaient des sous-produits de gosse, je gardais, dans mon coin, l'idée de faire un jour de la bande dessinée. Pour moi, c'était évident. Cela dit, cela ne m'a jamais empêché de me tourner vers d'autres domaines comme la musique.

JLT - Avez-vous été influencé par les classiques belges ?

FB - Oui. Mais pas seulement. Par ailleurs, ceux qui m'ont marqué quand j'étais jeune ne sont pas forcément ceux qui m'influencent aujourd'hui dans mon travail.

JLT - Quel est votre premier souvenir de BD ?

FB - Quand j'avais quatre ans, ma mère dessinait des Lucky Luke sur de grandes feuilles qu'elle collait ensuite sur les murs de ma chambre. Je trouvais fabuleux que ma mère à moi puisse dessiner Lucky Luke ! Ce n'était pas une dessinatrice professionnelle : elle était mère au foyer, mais il lui arrivait souvent de dessiner, par plaisir. Plus tard, j'ai beaucoup lu Astérix, les BD de Franquin, avant de commencer sérieusement à m'intéresser à des personnages plus adultes tels que… Barbarella, par exemple,… dont je piquais en douce les albums. A la fin des années 60, les BD ont commencé à devenir plus audacieuses, notamment chez Pilote. Mais cela ne m'empêchait pas d'être abonné en même temps à Pif Gadget. En fait, j'aimais tout.

JLT - Qu'avez-vous fait après le bac ? Avez-vous suivi des études de Beaux-Arts ?

FB - Après mon année de Terminale, j'ai pris une année sabbatique pour faire de la BD. Courageusement, je présentais de nombreux projets aux éditeurs. A chaque fois, tous me recevaient gentiment, mais me disaient qu'il fallait encore travailler. J'ai donc décidé d'apprendre à dessiner. Pour cela, je me suis inscrit à l'atelier Met de Penningen à Paris qui prépare l'entrée aux grandes écoles. Malheureusement, je n'ai été reçu à aucun concours : ni celui des arts appliqués, ni celui des Beaux-Arts… à aucun… Je n'étais pas, je pense, le client idéal d'une structure scolaire. Mais cette année d'atelier m'avait tout de même été profitable. Mon dessin était devenu plus performant. J'ai donc laissé tomber les études pour réaliser, à droite et à gauche, des illustrations et à jouer de la musique pour gagner ma vie. Parallèlement, chaque année, et toujours dans mon coin, je continuais à créer une BD. J'ai ainsi réalisé un album de 44 planches intitulée la Pyramide bleue, influencée par Jodorowsky - déjà - et Moebius. Mais l'éditeur me l'a refusé. J'ai dû ensuite accomplir mon service militaire… une année de perdue, pendant laquelle j'ai tout de même réussi, dans mes temps libres, à élaborer un projet de BD. Projet que j'ai terminé à ma sortie de l'armée. J'ai alors eu la chance de rencontrer, par un concours de circonstances, un copain qui travaillait chez Metal Hurlant. Par son intermédiaire, j'ai proposé mon histoire aux responsables du journal qui ont fini par l'accepter. Elle ne sera malheureusement jamais publiée car à cette époque, Métal Hurlant, qui était au plus mal, a déposé le bilan. Il me restait alors une solution : convertir cette histoire, prévue pour quelques pages, en album. Je l'ai donc délayée afin d'atteindre les 44 planches, alors qu'elle ne s'y prêtait pas. L'album, intitulé le Ventre du Minotaure, est néanmoins publié en 1990. Puis, j'ai travaillé sur les albums " collectifs " : Noël fripon, Eté fripon, Dessous fripons, les Franck Margerin présente…, etc… A la même époque, j'ai même essayé de mettre au point un projet, avec les Humanoïdes associées, qui n'aboutit pas. Et le temps passe… Fin 95, je suis embauché par l'éditeur japonais Kodansha. Et c'est à cette époque que je commence à utiliser l'ordinateur.

JLT - Comment vous est venue l'idée d'utiliser des images conçues par ordinateur et de les intégrer au format de l'album ?

FB - En fait, j'ai toujours été névropathe. Quand je réalisais des dessins de manière traditionnelle, je construisais d'abord, sur de très grandes feuilles, tous les décors : hyper détaillés, avec la ligne d'horizon, les points de fuite et toutes les perspectives possibles. En parallèle, je dessinais, sur d'autres feuilles, mes personnages. Je passais ensuite le tout à la photocopieuse. Je réduisais la grande épure à la taille de la planche. Même chose pour les personnages que j'essayais ensuite, après les avoir découpé, d'ajuster au décor. Je photocopiai de nouveau l'ensemble sur un papier plus épais que je travaillais ensuite à l'acrylique. Au final, j'obtenais ma planche de BD : décor + personnage. Un jour, je n'ai plus eu accès à ce photocopieur. Un copain m'a alors expliqué qu'acheter un ordinateur avec un scanner et une imprimante coûtait moins cher que mon système artisanal et que je pourrais continuer à faire la même chose. C'était en 1994. L'outil m'a passionné. Mais je ne pensais pas au départ m'en servir autrement que pour réduire ou agrandir mes décors et mes personnages.

JLT - Pourquoi aviez-vous recours à tout ce stratagème ? Il n'y a pas que la névropathie…

FB - L'épure d'un décor comporte des traits de construction en grande quantité. C'est un merdier pas possible ! On peut avoir des scrupules à cacher un détail de ce décor par un personnage. Ca peut même en gêner la construction. Je séparais donc de manière artisanale le décor des personnages, comme je le fais au fond maintenant - avec une technique toute différente - pour Megalex. J'étais déjà rentré dans la logique du copier/coller. Chaque élément d'une image était pour moi comme un objet à part. Je photocopiais le crayonné sur un papier que je travaillais à l'acrylique. J'avais donc déjà intégré le fait de pouvoir corriger ou effacer mon travail autant de fois que je le voulais car l'acrylique, au contraire de la gouache, permet de s'y reprendre à plusieurs fois, tant qu'on n'est pas satisfait du résultat. J'étais donc déjà dans la logique qui me préparait à l'ordinateur.

JLT - Comment travaillez-vous aujourd'hui ? Réalisez-vous encore des crayonnés sur le papier ?

FB - J'effectue un rapide story-board, avec le texte des bulles, pour mettre en place les éléments du récit et éviter de revenir sur le scénario. Mais ça reste succinct. Mes croquis sont très sommaires. C'est en quelque sorte mon pense-bête. A partir de ce story-board, je fabrique tous les décors en 3D, comme si je le fabriquais en balsa. Je travaille sur la circulation des personnages : par où vont-ils rentrer ou sortir ? quel angle vais-je choisir pour construire mon image ? J'obtiens ensuite des pages avec l'ensemble des vignettes remplies des décors, mais vides de personnages. Cette page entière devient mon image. Je travaille à partir d'une planche complète et non pas vignette par vignette. Sur cette image, devenue mon papier virtuel, je dessine mes personnages directement à la tablette graphique. J'ai essayé de les dessiner d'abord sur papier, de les scanner et des les incorporer à la planche. Mais la meilleure solution fut de les dessiner directement sur le décor. Elle est la seule à permettre une véritable interaction et à créer une symbiose entre personnages et décors.

JLT - Vous n'utilisez donc quasiment plus le papier à l'exception du travail préparatoire…

FB - Absolument.

JLT - Y a-t-il une différence entre les deux premiers tomes de Megalex ? Avez-vous procédé avec la même technique ?

FB - Oui, même si l'on évolue toujours. Pour le deuxième tome, le procédé d'impression est plus fin. J'ai augmenté la définition de mes images et changé de logiciels. Mais la méthode est restée la même.

JLT - Pourquoi ne pas vous être définitivement tourné vers l'informatique et le CD Rom? Pourquoi avez-vous décidé de rester sur le format de l'album et la BD ?

FB - Travailler pour Kodansha dans le multimédia m'avait placé face à un champ immense de possibilités, sans aucune limite. On peut tout faire avec un ordinateur. Quand j'avais sept ans, je m'imaginais être le maître du monde avec mon crayon et une simple feuille de papier. Je pouvais m'inventer mon propre univers. L'ordinateur donne aussi cette impression là. Si je veux représenter une enfilade de bâtiments, du premier à l'arrière plan, je peux le faire. Même si, par la suite, j'aurais des problèmes pour les placer sur la planche [rires]. Cela dit, il me paraissait logique, après tous mes détours " multimédia ", de revenir à l'album et à la BD.

JLT - Les contraintes de l'album contrebalancent les possibilités illimitées de l'ordinateur ?

FB - Ceux qui me connaissaient à l'époque du Ventre du Minotaure et alors que je travaillais chez Kodansha me voyaient jouer de la musique, faire de l'architecture, créer des décors de théâtre, réaliser des illustrations, que sais-je encore? Tous m'encourageaient à me concentrer sur un seul domaine. Ma démarche ne les incitait pas à travailler avec moi. L'ordinateur m'a permis de réunir toutes mes passions : musique, mise en scène, architecture… Mais il me fallait un sujet pour organiser l'ensemble, voire un support. Et je trouvais intéressant de lier tous ces domaines avec le livre, de lier le virtuel au tangible. Megalex est un point de départ. Une fois que la série - qui comprendra au total quatre albums - sera achevée, on pourra songer à d'éventuels prolongements.

JLT - Comment est née votre collaboration avec Alexandre Jodorowski ?

FB - J'ai rencontré son fils qui jouait dans un groupe en première partie du mien. Ce dernier a raconté qu'il avait croisé un certain Beltran. Jodorowski me connaissait, paraît-il. On s'est ensuite téléphoné, puis rencontré à l'époque où je travaillais encore pour Kodansha. Parallèlement, les Humanoïdes Associées voulaient me faire travailler avec lui, ce que je souhaitais au plus haut point. Le destin a semblé aller dans le sens de notre collaboration.

JLT - Quels éléments vous ont plu dans Megalex ?

FB - Je voulais de nouveau faire de la bande dessinée. Je me lassais de ma collaboration avec Kodansha. Entre eux et moi, il y avait trop de différences culturelles. J'avais à l'époque imaginé l'histoire d'une barmaid parisienne à qui il arrivait de nombreuses aventures. Mais ce projet intéressait seulement les parisiens qui avaient pu se rendre dans ce genre de troquets. Quand les directeurs artistiques de Kodansha lisaient mes histoires, ils me disaient ne rien y comprendre [rires]. Ils voulaient tellement l'édulcorer qu'à la fin mon histoire ressemblait à Hélène et les garçons. Je voulais donc vraiment revenir à la bande dessinée, tout en sachant pertinemment qu'au fond, je n'étais pas scénariste. Même le Ventre du Minotaure, que j'avais entièrement réalisé, m'avait laissé cette impression. J'aime bien mettre en scène des récits avec des images mais je ne suis pas habité par des histoires. Pour l'instant en tout cas. Concernant ma collaboration avec Jodorowski et Megalex, j'ai simplement réagi comme le fan de base. Je voulais travailler avec lui, un point c'est tout. Il n'y a pas eu de calcul particulier. On s'est rencontré. On a discuté. Il m'a questionné, comme il le fait d'habitude, pour comprendre qui j'étais. Il me traitait souvent d'androïde ou de cyborg. J'avais déjà l'idée de continuer à mélanger la 3D et la 2D. Mais je ne lui en parlais pas tout de suite. J'attendais d'avoir l'occasion de réaliser quelques planches pour lui montrer le résultat. Je suis alors tombé sur un scénario que Jodorowski avait écrit pour Otomo, le créateur d'Akira. Je ne savais pas sur quoi il voulait me faire travailler mais je n'avais pas hésité à lui faire comprendre que son projet Megalex me convenait totalement. Et Jodorowski, ne voyant pas le projet avancer, car Otomo venait de se lancer dans le cinéma, avait accepté.

JLT - Où en est le projet Megalex à l'époque où vous récupérez l'affaire ?

FB - Le scénario des deux premiers albums était déjà intégralement écrit.

JLT - Y a-t-il eu dans la conception finale de Megalex, des influences cinématographiques, comme Matrix, par exemple ?

FB - Non. Je n'avais pas vu Matrix quand je travaillais sur le tome I de Megalex.

JLT - Il y a tout de même des similitudes, non ?

FB - Je vais très souvent au cinéma. Les cinéastes américains sont influencés par la bande dessinée européenne ; les artistes européens sont influencés par le cinéma américain, et ainsi de suite… Tout le monde s'influence. J'ai vu Matrix pour la première fois après la sortie de Megalex, tome I. Il se trouve que j'ai failli représenter la fourchette de contrôle de manière arrondie. C'était sur mes tout premiers croquis. Mais si j'étais resté sur ma première idée, tout le monde aurait crié au plagiat ! Toutes proportions gardées, la situation aurait pu être dramatique. En revanche, tout le décor, à la surface de la planète, est - je le dis sans problèmes - influencé par Star Wars. C'est évident. En revanche, j'ai seulement vu la bande annonce de l'épisode II dans laquelle on voit une arène à la fin. Ce sont, trait pour trait, des croquis que j'avais réalisés pour une autre BD. Tout ce jeu des influences est incroyable et, en même temps, inévitable. Pour ma part, je vois des films et j'absorbe tout ce que je vois… comme une éponge.

JLT - Etes-vous tenté par l'aventure cinématographique ?

FB - En fait, je ne suis pas tenté par la direction d'acteurs mais par la mise en mouvement et en son d'une image. Est-ce du film d'animation ? Puis-je trouver le moyen de travailler en collaboration avec un directeur d'acteurs pour réaliser un film en séparant le fabricant d'images du directeur d'acteurs ? Est-ce envisageable ou pas ? Certaines choses sont à inventer dans ce domaine. Le mouvement des personnages ne me manque pas trop. Il manque aujourd'hui à mes images la dimension sonore. J'aimerais pouvoir, un jour, réaliser une œuvre composée d'images sonores dans lesquelles le public puisse voyager.

JLT - Vous êtes donc frustré avec Megalex

FB - Pas du tout. Au contraire. Mais si vous lisez bien les albums, Jodorowski et moi avons volontairement enlevé toute onomatopée. Comme il n'y a pas de sons dans Megalex, la place est libre pour en mettre. Je donne souvent l'exemple suivant : imaginez le dessin d'une pièce où un type est allongé sur un lit et où le store est baissé. Si l'on suggère, par onomatopées, des gazouillis d'oiseaux en bruit de fond, on plonge l'image dans une certaine ambiance ; si, à la place, on suggère le bruit d'une autoroute ou d'un périphérique, la même image prend un tout autre sens. Je trouve ça intéressant. La dimension de l'image change selon le son. Graphiquement, l'image ne suffit pas pour rendre une scène sonore. C'est impossible. Il faut donc avoir recours à des procédés du style " tchip-tchip-tchip " ou " cui-cui-cui ", pour garder l'exemple du gazouillis d'oiseau. Mais ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus.

JLT - Quel est l'avantage de réaliser une histoire à suivre plutôt qu'une histoire complète ? Est-ce de pouvoir mieux développer une histoire ou de s'assurer des lecteurs à coup sûr, si l'album a du succès ?

FB - Tactiquement, les deux raisons sont valables. On ne peut pas concevoir un album de deux cents pages dont les coûts de fabrication et le prix de vente ne soient pas élevés. On fractionne donc l'histoire et on crée une série ou un cycle d'albums de prix très abordables. Pour peu qu'on ait envie de dessiner de grandes images, l'histoire ne tient pas dans un seul album.

JLT - Comment jugez-vous l'univers de la bande dessinée actuelle française ?

FB - Je le connais bien mal. Je ne suis pas vraiment au fait de son actualité. Je suis simplement content d'être dans un pays où elle a une vraie place. Dans les dix meilleures ventes de livres, il y a toujours trois ou quatre BD. Je trouve ça bien.

JLT - D'accord. Mais en terme d'esthétique…

FB - C'est variable. Il y en a pour tous les goûts. C'est bien.

JLT - Quand vous étiez enfant ou adolescent, y a-t-il des romans, des ouvrages qui vous aient influencé dans l'élaboration de votre imaginaire ?

FB - J'ai toujours beaucoup lu d'ouvrages portant sur l'archéologie et la physique, et ce dès mon enfance.

JLT - Pas de romans de science-fiction ?

FB - Pas tellement. J'en ai lu, bien sûr. Mais le roman me plaît quand le style me touche. Céline n'a pas bonne presse - et à juste titre - mais j'ai été foudroyé par ses livres, grâce au style. Mon besoin de fictions passe essentiellement par le cinéma. Je préfère lire " les premiers sumériens ", " Règne animal à la fin du Triasse " ou les bouquins de Stephen Hawking. Je trouve dans ces livres-là toute la substance nécessaire à mon imaginaire. Par ailleurs, j'ai trop souvent cultivé les fonctions multi-tâches, pour parler comme un ordinateur. Je ne peux pas me mettre dans un lit ni m'asseoir dans un fauteuil pour lire un livre sans rien faire d'autre. En revanche, j'aime regarder un film en jouant de la guitare ou écouter une émission de radio en dessinant. Je n'ai pas encore développé le goût de m'immerger totalement dans un livre pour le plaisir d'avoir une histoire qu'on me raconte.

JLT - Peut-être est-ce pour cette raison que vous ne vous voyez pas scénariste…

FB - C'est certainement lié.

JLT - Avez-vous en tête de développer des projets annexes aux bandes dessinées, qui incluraient le dessin ? Je pense notamment aux réalisations de Philippe Druillet dans ce domaine ?

FB - Oui. Dès que j'aurais fini Megalex et que les deux derniers albums se seront matérialisés, j'aurais un point de départ, une base à partir de laquelle je tenterais de travailler l'image d'une manière différente. Un jour, j'expliquai ma problématique à un ami, féru d'art moderne : comment se balader dans une image en imposant un sens de lecture au visiteur, à l'intérieur d'un même espace ? Cet ami m'a alors répondu : " En fait, tu as envie de réaliser des installations [rires] ". Et c'est vrai. Ca m'a semblé évident à l'écouter. Je voudrais créer quelque chose en rapport avec l'image, avec visite guidée à l'intérieur d'un espace mettant en scène des dessins. A la manière des anciens qui s'appropriaient un lieu pour y peindre des fresques et qui s'arrangeaient pour que l'on passe devant tel mur, telle lumière… Ce genre d'interaction me passionne.

JLT - Que pensez-vous de la nouvelle trilogie Star Wars ?

FB - C'est visuellement très beau. Mais je suis dans la tranche d'âge de ceux qui ont un tel souvenir des épisodes précédents - ou suivants - que l'on ne peut être que déçu par cette nouvelle trilogie. Il lui manque la dimension humoristique et les vauriens pour citer le personnage d'Han Solo.

JLT - Comment jugez-vous les résultats cinématographiques de ce nouveau type de cinéma à base d'images de synthèse, comme l'Age de glace ou Final Fantasy ? Est-ce un résultat qui vous déçoit, pour vous qui êtes parti du dessin ?

FB - Tout n'est pas parfait. Mais j'aime justement cet aspect là. C'est en train de se faire. Les techniciens n'en finissent pas de travailler pour atteindre la perfection. Je suis enclin à ne pas trop critiquer. Je connais les problèmes que cela pose. Nous en sommes à la préhistoire mais tout ceci est fascinant. Je serais fou si je disais le contraire.

Propos recueillis par Jean-Louis Tallon
Lyon - Juin 2002
 
Fred Beltran - Crédit Photo : www.humano.com
 
Mégalex - vol. 1 - l'Anomalie
 
Mégalex - vol. 2 - l'Ange Bossu

 

 
 
1963 : Naissance à Levallois-Perret
1981 : joue de la guitare dans le groupe des Stylbop
1982 : rate son baccalauréat
1983-1985 : suit les cours à l'atelier Met de Penningen et à l'Ecole Supérieure des Arts Graphiques
1985 : Première BD : la Pyramide bleue (non publiée). Séparation des Stylbop.
1988 : Parution du Ventre du Minotaure. Intègre un groupe de Jive Swing, les Duck and Cover.
Naissance du groupe Snails, dont Fred Beltran fait partie.
1991-1993 : quelques planches pour les collectifs Fripons.
1994 : Premier Macintosh
1995 : Beltran est embauché chez Kodansha
1997 : Rencontre Jodorowsky
1998 : Commence à travailler sur les Technopères et Megalex
1999 : Sortie de Megalex, tome I
2002 : Sortie de Megalex, tome II
 

 
Megalex
avec A. Jodorowsky (scénario)
Tome I : l'Anomalie (1999)
Tome II : l'Ange bossu (2002)

Les Technopères
avec A. Jodorowsky (scénario), Z. Janjetov (dessins)
Tome I : la pré-école techno (1998)
Tome II : l'Ecole pénitentiaire de Nohope (1999)
Tome III : Planeta games (2000)

Pin Up Girls
(2002)

Metal Hurlant 134 & 135 - collectif (2002)
 
 

Visitez le site des humanoïdes associés : www.humano.com

 
 
 
 
 

haut de page