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Charles Juliet - Photo Horspress Entretiens avec Charles Juliet
Dans cette page consacrée à Charles Juliet, nous vous proposons deux interviews réalisées respectivement en novembre 2000, puis en juin 2002, à l'occasion de la parution du recueil Une joie Secrète

Première rencontre : Novembre 2000
Charles Juliet : " Il y a, en moi, une passion pour la vie. "

Ses réponses sont brèves, presque silencieuses. Ses réflexions graves mais percutantes. Dès l'âge de 23 ans, écrire devint pour Charles Juliet un besoin obsessionnel. Le besoin de libérer l'être passionné qui était en lui, mais " qui était empêché d'être " ; le besoin de se mettre en ordre, de " trouver la source " en reconstituant les fragments de son être. De cette traversée, en solitaire, de cette nuit existentielle difficile, douloureuse, souvent destructrice, Charles Juliet a tiré des textes d'une rare beauté, tels son Journal, Lambeaux ou Ce pays du silence, dont la portée universelle en fait l'une des œuvres les plus importantes de la littérature française. Entretien "à voix basse"…

Jean-Louis Tallon - Est-ce un danger de se confier, de livrer ses sentiments par oral ? Ne risque-t-on pas de s'éparpiller ? Je pense à cette phrase de Lambeaux : " Tu es gênée d'avoir trop parlé, d'avoir laissé entrevoir ce que tu tenais caché ".

Charles Juliet - Non. On peut bien dire ce qu'on est en partie. Nos confidences ne peuvent pas l'épuiser. Concernant cette citation, peut-être avais-je en tête un moment, une soirée où j'avais trop parlé, et je n'aime pas ça. Ce n'est pas tellement moi, ni dans ma manière. J'ai donc écrit cette phrase sur le coup. Mais, on peut parler bien sûr, sans risquer d'entamer ce que l'on porte en soi.

JLT - On vient de décerner le prix Goncourt à Jean-Jacques Schuhl. Que pensez-vous des prix littéraires ?

CJ - Très franchement, je suis très loin de cette vie littéraire. Bien souvent, les traficotages d'éditeurs semblent prévaloir sur la qualité d'un livre. C'est gênant. Il est toujours triste de penser que de bons livres vont peut-être passer inaperçus et que d'autres sont distingués alors qu'ils ne l'auraient peut-être pas mérité.

JLT - Comment jugez-vous la surmédiatisation des écrivains aujourd'hui ? Je pense par exemple aux cas de Christine Angot et de Michel Houellbecq par comparaison à deux poètes, Samuel Beckett, que vous avez connu, Henri Michaux, peu photographié, ou encore Julien Gracq…

CJ - Vous mettez sur le même plan des écrivains qui ont une œuvre et d'autres qui bénéficient d'un succès de scandale. Il faudrait savoir où ces derniers en seront dans vingt ans. Là, on pourra avoir une vue plus objective des choses.

JLT - Pensez-vous que l'écrivain se perde en étant médiatisé ? Vous-mêmes, comment avez-vous vécu les émissions de télévision auxquelles vous avez participé ?

CJ - Je les ai vécues avec simplicité et distance. Je ne me suis pas senti dérangé. Ca n'a bouleversé ni ma vie, ni mon cheminement.

JLT - Vous n'avez pas éprouvé de difficulté de revenir à vous-même ?

CJ - Non.

JLT - Il y a tout de même dans cet exercice une sorte de dédoublement…

CJ - Oui, mais c'est l'affaire d'une demi-heure. Cela ne va pas tout changer.

JLT - Pourquoi êtes-vous resté sur Lyon ? Est-ce pour vous protéger de tout cela ou par attachement à une région ?…

CJ - Non. Je n'ai jamais souhaité aller à Paris. J'avais besoin de rester à l'écart, de vivre dans la solitude. Par ailleurs, si l'on écrit vraiment, on peut bien se trouver n'importe où et être toujours bien là où on se trouve.

JLT - Vous vous rendez, paraît-il, souvent dans les librairies de Lyon. Est-ce une manière de vous retrouver dans un monde familier, celui des livres, ou tout simplement pour voir les nouveautés ?

CJ - Auparavant, je m'y rendais plus souvent. Maintenant, j'ai moins de temps. Aujourd'hui, j'y vais surtout pour acheter tel livre et moins pour flâner.

JLT - Lisez-vous beaucoup ?

CJ - Je lis encore assez, mais moins que par le passé. J'ai moins de temps. Je travaille plus. Il se passe plus de choses autour de moi. Cela dit, j'éprouve toujours le même désir de lire.

JLT - Comment vous est venu, à 23 ans, le goût de l'écriture ?

CJ - C'était un besoin extrêmement fort, tout à fait impérieux. Il est arrivé un moment où je ne pensais littéralement plus qu'à cela. C'était une obsession permanente, de chaque instant. Ce besoin d'écrire - je l'ai compris bien plus tard - était évidemment lié à mon histoire personnelle, à la nécessité de mettre de l'ordre en moi, d'élucider certaines choses, de dénouer des conflits. Ce besoin d'écrire faisait partie intégrante de tout ce que j'étais profondément.

JLT - Pourquoi commence-t-on par écrire un journal intime, plutôt qu'un recueil de poésies ou un roman autobiographique ?

CJ - Ecrire un Journal n'était pas un choix.

JLT - La forme s'est imposée…

CJ - Il me fallait travailler sur moi, me connaître et me mettre en ordre. Un certain nombre d'exigences se sont manifestés et m'ont poussé à écrire un Journal. Mais au départ, je n'ai rien décidé.

JLT - Vous n'avez rien publié jusqu'en 1978… C'était par volonté ou par doute ?

CJ - J'ai traversé une longue crise. Je travaillais mais rien n'était prêt. Je ne pouvais envisager de publier. Enfin, je ne sais pas… Le temps a passé.

JLT - Vous n'étiez pas satisfait…

CJ - Je n'avais pas grand chose à présenter. Pendant de longues années, je n'ai fait que lire, réfléchir, un peu écrire. Mais je n'écrivais que des notes de Journal et parfois de courts poèmes. Ce n'était donc pas suffisant pour intéresser un éditeur.

JLT - Quelles lectures vous ont marqué étant enfant ?

CJ - Je n'ai jamais rien lu, étant enfant, ni adolescent. Je n'ai commencé à lire qu'à 23 ans, quand j'ai décidé de me mettre à écrire.

JLT - Et à l'école ?…

CJ - Ah non, non, non… Je suis d'une autre génération que vous. A l'école, c'était la guerre et il n'y avait aucun livre. Aux enfants de troupe, où j'ai passé ma scolarité, il n'y avait ni livres, ni journaux. Quand je rentrais chez moi, j'habitais dans un village. J'étais un petit paysan. Je travaillais et n'avais donc pas le loisir de me tourner vers les livres.

JLT - Vous êtes-vous senti proche du Nouveau Roman ?

CJ - Jamais. Je me suis intéressé aux œuvres de Nathalie Sarraute et de Claude Simon. Mais je ne les ai pas lus comme auteurs du Nouveau Roman. D'ailleurs, rien n'est plus différent que Nathalie Sarraute et Claude Simon.

JLT - Pour devenir écrivain, décider d'écrire, pensez-vous qu'il soit nécessaire de porter en soi une déchirure, disons, originelle ?

CJ - Je ne sais pas trop. On ne peut rien affirmer. Dès qu'il s'agit de l'être humain, tout est possible. Endurer une épreuve sérieuse va forcément vous amener à vous poser des questions, à réfléchir, à descendre en vous-même. Dans le cas contraire, vous continueriez de vivre dans l'insouciance.

JLT - Quelqu'un de trop heureux ne peut pas écrire ?

CJ - Si l'on est heureux, il n'y a aucune raison de s'infliger, je pense, cette souffrance qu'est l'écriture.

JLT - C'est vraiment une souffrance ?…

CJ - Ah, c'est une difficulté ! Elle exige beaucoup d'énergie, une grande discipline de vie. Si l'on n'est pas contraint, on a tout intérêt, je crois, à ne pas se tourner vers une telle activité.

JLT - Quelle est la part de mythologie personnelle dans l'Année de l'éveil ? Avez-vous reconstruit votre passé ?

CJ - Sans doute. Dès qu'on écrit, il y a mise en forme, stylisation. Cela dit, même s'il y a forcément reconstruction, rien n'est gratuit. Ce n'est sans doute pas le reflet absolument littéral, exact de ce qui s'est passé mais tout ce que j'ai écrit est vrai.

JLT - Comment s'est concrétisée l'adaptation de l'Année de l'éveil ?

CJ - Des épreuves de l'Année de l'éveil avaient circulé dans Paris. Elles étaient tombées entre les mains d'un producteur de UGC. Il avait aussitôt pensé qu'il y avait là un bon sujet de film. Il s'est manifesté trois jours après la parution du livre en téléphonant à mon éditeur pour prendre une option sur une éventuelle adaptation du livre.

JLT - Quelle a été votre réaction ?

CJ - J'ai évidemment été surpris. Il me fallait accepter. C'était une proposition intéressante. Elle m'a rapporté un peu d'argent, ce dont j'avais le plus grand besoin.

JLT - Avez-vous participé au casting ?

CJ - Non. Pas plus qu'à l'écriture du scénario.

JLT - Vous n'avez pas été consulté ?

CJ - Non, non. Je n'ai participé en rien à la conception du film.

JLT - Vous l'avez vu ?

CJ - Bien sûr, oui.

JLT - Vous êtes-vous senti trahi ou dépossédé par l'adaptation de Gérard Corbiau ?

CJ - Oui. Je n'ai pas trop aimé tout ça. C'était moi et ce n'était pas moi. Tous les visages, les décors, rien ne correspondait à ce que j'avais en tête.

JLT - C'était une relecture.

CJ - Voilà. En même temps, certains dialogues étaient empruntés au livre. Il me semblait qu'on avait traficoté ce que j'avais écrit. Certains éléments avaient altéré le personnage que j'avais défini et qui était moi. J'en ai tout de même été gêné.

JLT - L'adaptation est, de plus, forcée de condenser en deux heures les 240 pages du livre…

CJ - Oui, c'est évident. Dès qu'il y a une adaptation, de nombreux pans du livre vont être écartés car on ne peut pas les convertir en images. Le problème n'était pas là. Une fin fut inventée à cette occasion. C'était parfaitement inutile. Elle venait casser l'émotion éprouvée pendant la plus grande partie du film. C'était une erreur que bien des spectateurs ont ressentie. C'était donc un film honnête, qui aurait pu être beaucoup plus fort, intense et âpre.

JLT - Vous avez dit que la prose exigeait chez vous plus d'effort que le poème. Pourquoi ?

CJ - Ecrire en prose un récit ou un roman est un travail de longue haleine : il représente des mois de travail. Il faut chaque jour s'inscrire dans une continuité. Ecrire des fragments, c'est tout autre chose. On est beaucoup plus mobile. On peut se laisser solliciter par tout ce qui se présente à l'esprit.

JLT - Vous avez écrit des pièces de théâtre. Comment avez-vous abordé le genre théâtral ?

CJ - Je ne suis pas un auteur de théâtre. J'ai écrit une première pièce intitulée Ecarte la nuit. Je viens d'en écrire une autre à sortir très prochainement sur le poète allemand Hölderlin. Je n'ai donc fait que deux incursions dans le domaine du théâtre. On ne peut donc pas me considérer comme un écrivain de genre.

JLT - Avez-vous éprouvé les mêmes difficultés à écrire des pièces qu'à écrire de la prose ?

CJ - Non. Au contraire. Ce que j'écris est calqué sur le rythme de la parole. Il m'est donc beaucoup plus facile de faire parler des personnages que de narrer une histoire.

JLT - Quand écrivez-vous ?

CJ - J'écris surtout l'après-midi, parfois le soir ou même la nuit. La nuit est le moment de la journée qui me convient le mieux. Cela dit, on ne peut pas toujours vivre la nuit, surtout quand on ne vit pas seul. Le rythme de la journée et des repas en est bouleversé. C'est compliqué.

JLT - Vous écrivez n'importe où ?

CJ - Je peux écrire n'importe où. Mais dans la mesure où je suis bien chez moi, je n'ai aucune raison d'aller écrire ailleurs.

JLT - Dans vos récits, vous avez utilisé toutes les personnes du singulier : le "je", le
"tu", le "il". Quelle est celle qui vous convient ou vous réunit le mieux ?

CJ - Là encore, rien n'est délibéré. Chaque fois, la forme s'impose. Je n'ai donc pas eu de préférences particulières pour telle personne. Mais, sans doute, le "je" reste tout de même celui qui arrive le plus spontanément sous la plume.

JLT - Est-ce rassurant d'écrire avec le " je " ou pas du tout ?

CJ - Ce n'est pas la question…

JLT - Mais par rapport au " il ", qui masque davantage l'intériorité ?

CJ - Le " il " implique une distanciation. Mais je le redis : rien ne peut se décider à l'avance. Chaque récit ou nouvelle impose de choisir le " je ", le " tu " ou le " il ".

JLT - Doutez-vous toujours de vous quand vous écrivez ?

CJ - Non, je doute heureusement beaucoup moins. J'ai dû longtemps lutter contre un doute extrêmement destructeur. Même s'il est aujourd'hui moins corrodant, il subsiste encore. On ne peut jamais être totalement satisfait de son travail. Cela dit, ces doutes-là ne ressemblent plus à ceux que j'ai connus lorsque je commençais à écrire et que je ne savais pas ce qui m'attendait.

JLT - Cherchez-vous encore à vous unifier ?

CJ - Ce fut effectivement un besoin, très profond et constant en moi. Mais l'essentiel de ce travail s'est accompli. Je suis aujourd'hui devenu celui que j'étais et que j'étais empêché d'être. Je vis donc en meilleure intelligence avec moi-même. Je ne suis plus aussi acharné à vouloir réduire mes contradictions. Certaines sont inhérentes à la condition humaine et il faut savoir les accepter.

JLT - Cette réflexion, vous la devez à l'écriture, à la maturité ?…

CJ - L'écriture a toujours été pour moi un instrument indispensable à la conduite de ma vie. Je l'ai vécue comme ça. Je n'en fais donc pas une règle générale.

JLT - Votre source d'inspiration vient de votre mémoire ou de votre lointain intérieur pour paraphraser le titre de Henri Michaux ?

CJ - On introduit des cloisons dans la vie intérieure, dans cette réalité psychique, interne qui nous constitue. Mais la mémoire est le réceptacle de notre sensibilité, de ce qui nous pénètre, ce qu'on absorbe, de nos lectures ou rencontres. L'ensemble constitue une sorte de magma qui va nourrir l'écriture. La mémoire est donc présente, mais elle est aussi nourrie de nombreux éléments. Elle n'est pas une entité, ni même un lieu coupé du reste ou de cet être intérieur. Tout cela est une même et seule réalité.

JLT - Selon vous, le monde intérieur est-il plus vrai que le monde extérieur ?

CJ - Ils n'ont rien de comparable. Le monde extérieur est composé d'êtres humains, de paysages ou de villes. Nous recevons tout cela en fonction de ce que nous sommes et de notre sensibilité, de notre attention ou de notre vulnérabilité. On peut être plus ou moins fermé au monde extérieur, se prêter aux rencontres, admirer les paysages, etc.… Chacun a sa manière d'être et de recevoir. Il n'y a pas deux êtres qui soient comparables, comme on le sait.

JLT - Ce qui m'a surpris, c'est la soif de vivre et le courage de vos personnages. Je pense à cette phrase dans Lambeaux… " Ce que tu vis est trop important pour que tu acceptes de le laisser mettre en péril ". C'est une forme d'existentialisme...

CJ - Non. Ce n'est pas à associer à l'existentialisme. On ne vit pas en fonction d'un mot ou de certaines conceptions philosophiques. Il y a, en moi, une passion pour la vie. Cette passion s'est donc, forcément, coulée dans mes personnages. Et si cela se ressent dans la lecture de mes livres, je ne peux que m'en réjouir.

JLT - Combien de fois avez-vous rencontré Samuel Beckett ?

CJ - Quatre fois.

JLT - Quel genre d'homme était-il ?

CJ - Il était impressionnant, singulier, extrêmement grave et concentré. Il parlait très peu et répondait à une question en trois mots. Je me souviens [rires] lui avoir posé une question sur Molloy et, là, il était resté pendant à peut-être deux minutes plongé en lui-même, complètement étranger au monde extérieur. Je ne savais pas quoi faire, s'il avait oublié la question et si je devais lui en poser une autre, si je devais rester silencieux et attendre. Et puis, tout à coup, Beckett revint au monde extérieur et me dit : " Je ne m'y sens plus chez moi. " C'était sa réponse. Toutes ses réponses étaient extrêmement brèves mais percutantes, et à plusieurs reprises, je percevais le génie de Beckett dans ces quelques mots.

JLT - Comment l'avez-vous rencontré ?

CJ - J'étais un ami du peintre Bram van Velde, qui avait très bien connu Beckett avant la guerre. Bram van Velde m'avait incité à écrire à Beckett et à aller le voir. Les choses se sont ainsi faites. De moi-même, je n'y serais pas allé. Je n'aurais pas osé.

JLT - Vous êtes allé le voir pour lui parler de ce que vous faisiez ?

CJ - Non, pas du tout. Je ne parle pas de moi quand je rencontre quelqu'un.

JLT - Pour quelles raisons vouliez-vous le rencontrer ?

CJ - J'avais des questions à lui poser. Je l'avais beaucoup lu. Son œuvre était très présente en moi.

JLT - Vous vous étiez reconnu dans ses ouvrages ?

CJ - Oui.

JLT - Stylistiquement ?

CJ - Ah, non, non, non. Sur un plan ontologique. Pendant des années, j'étais en pleine détresse et je me sentais forcément proche de ces personnages déglingués que l'on rencontre dans ses livres.

JLT - Quel est selon vous le rôle d'un écrivain ?

CJ - Prêter à autrui les mots dont il a besoin pour avoir accès à lui-même et formuler éventuellement ce qu'il vit. Bien des gens sont coupés d'eux-mêmes et n'ont pas du tout la possibilité de dire ce qu'ils sont. Moi, à l'adolescence, j'ai vécu cette situation douloureusement. Je bouillonnais et je n'arrivais pas à parler. Beaucoup de gens sont pratiquement dans cet état toute leur vie. Ecrire, c'est donc d'abord écrire pour soi, en fonction d'un besoin personnel, mais c'est aussi, je crois, savoir suffisamment se détacher de soi pour tenir un propos universel qui puisse concerner autrui. J'éprouve toujours le besoin de dépasser les limites de l'individuel pour aller vers quelque chose d'immense que je sens en moi, de l'ordre de l'universel. De même, écrire fait partie d'un travail que je poursuis incessamment en moi, un travail qui me met en paix.

JLT - Vous interrogez-vous toujours par rapport aux questions métaphysiques ?

CJ - Bien sûr. Tout cela fait partie de l'écriture, de ma réflexion et de mon cheminement. Ce ne sont pas des questions à proprement parler métaphysiques : elles s'imposent à ma pensée, à mon être profond. Elles sont là et je dois donc compter avec elles.

JLT - Vous intéressez-vous aux grandes théories liées à la naissance de l'univers ?

CJ - Non, pas du tout. Quand je rencontre un article ou une étude, il peut m'arriver de les lire. Pour moi, l'important reste la morale et le comportement vis-à-vis des autres en société. Toutes les théories ou croyances m'apparaissent, par comparaison, bien secondaires.

JLT - Vous sentez-vous plus dans la vie qu'à une époque ?

CJ - Je crois. Je suis libéré de certains problèmes personnels. Je communique plus. Je sais mieux participer. J'avais auparavant ce besoin d'aller vers les autres, mais tout en moi était brouillé.

Propos recueillis par Jean-Louis Tallon,
à Lyon (novembre 2000)
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Deuxième rencontre :
Article et entretien avec Charles Juliet à l'occasion de la sortie de son dernier recueil de poèmes : Une joie secrète
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Signalons la parution aux éditions voix d'encre du dernier recueil de poésie de Charles Juliet Une joie secrète. Plaisir double en tous cas pour le lecteur qui trouvera dans cet ouvrage de très belle facture de quoi nourrir l'œil et l'esprit.

Illustré par des lavis de l'artiste coréenne Bang Hai Ja, Une joie secrète dit encore le bonheur de l'être enfin unifié et rassemblé après une longue et difficile descente en soi, vers " l'indéchiffrable ".
Thème central de l'œuvre de Charles Juliet, la difficulté d'écrire, de coucher sur le papier " les mots étouffés vite perdus ", s'exprime ici à travers les trente pièces proposées. Les lecteurs de Juliet retrouveront les images favorites du poète : " nuit ", " ténèbre ", " terres désolées ", à travers lesquelles il chemine, " faim ", " soif " qui le tenaillent, " attente ", " détresse ", compagnes coutumières, qui ne laissent le poète qu'au seuil de " l'oasis ", de la " source" tant convoitée. Le poète peut alors goûter " la paix profonde " . " l'immense déferle " et lui prête voix. " les mots s'élèvent lourds lents neutres et le poème s'érige happe la fulgurance ". De là la joie secrète, de celui qui s'est trouvé et peut enfin dire.
Cette coïncidence avec soi, inspiratrice du poète, l'ouvre aux autres, il offre ainsi ses découvertes. A nous de les recueillir. A condition seulement d'être nous-mêmes un peu en quête…
Comme dans toute l'œuvre de Juliet, ce recueil porte en lui le ravissement de l'infatigable chercheur qui au prix de mille difficultés finit par déceler une preuve de ce qu'il pressent d'immense et d'impalpable, au point de lui faire gagner naturellement compassion, humilité, sagesse.
Lecteur des penseurs orientaux, ami des peintres, Charles Juliet avec le concours de Bang Hai Ja propose à travers Une joie secrète une œuvre qui lui ressemble : un livre d'art et de poésie, un livre placé également sous le signe de la calligraphie avec la traduction en coréen par Choi Kwon Hang des trente poèmes du corpus.

On ne saurait que trop conseiller au lecteur de découvrir, par ailleurs, le très beau catalogue des éditions voix d'encre.
Spécialisée dans la poésie, les beaux-arts et la calligraphie, voix d'encre propose, entre autre, de nombreux livres d'art où poètes et artistes collaborent. Voix d'encre, c'est également une revue qui paraît deux fois par an.
Renseignements auprès de :
Voix d'encre
BP 83
26202 Montélimar cedex

Catherine Crochet
Mai 2002

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Entretien avec Charles Juliet
à l'occasion de sa venue, le 4 juin 2002, à la librairie le passage à Lyon


Jean-Louis Tallon - Aller à la rencontre de votre public, est-ce important ?

Charles Juliet - Oui, c'est toujours intéressant de rencontrer des lecteurs, des gens qui s'intéressent à mon travail, mais je ne fais pas cela systématiquement, je ne suis pas à la recherche de ce type de rencontres… Mais quand l'occasion se présente, qu'un livre sort, les choses se font tout naturellement

JLT - Quand on vient vous voir et qu'on a lu avec passion votre œuvre, on se sent devant vous un peu démuni. On a l'impression de parfaitement vous connaître tandis que vous ne savez rien de nous. Est-ce cette impression que vous avez éprouvée face à Beckett, Bram Van Welde et quelques autres ?

CJ - Oui, bien sûr. Il m'est arrivé d'aller rencontrer un écrivain dont je connaissais très bien l'œuvre, et qui ne savait rien de moi. Donc, évidemment le rapport n'est pas égal et il faut essayer de passer outre.

JLT - C'est ce rapport que vous avez maintenant avec les lecteurs qui viennent vous voir…

CJ - Parfois oui, je m'aperçois que des personnes ont lu mon journal et me connaissent, alors que moi, effectivement, je ne sais rien d'elles.

JLT - Comment est né Une Joie Secrète? Les textes existaient-ils avant votre rencontre avec Bang Hai Ja ? Comment s'est passée votre collaboration ?

CJ - Dans ce livre, il y a des poèmes qui ont été publiés par ailleurs, mais il y a aussi des poèmes inédits, dont certains sont assez récents. J'ai essayé de reconstituer une cohérence. J'ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec Hai Ja Bang, parce que c'est un très grand peintre. Elle est coréenne et je suis tourné vers l'extrême-orient ; je me sens en accord avec cette culture, cet esprit là. Je connais Hai Ja Bang depuis un certain temps, j'apprecie son travail et l'idée nous est venue de faire un livre ensemble. Il y avait des mois que ce projet était en suspend et puis un jour on a décidé de le faire ; c'est moi qui lui ai montré ces poèmes. Elle les a gardés pendant un certain temps ; je crois qu'elle s'en est un peu imprégnée et c'est à partir de cette imprégnation qu'elle a réalisé ces lavis.

JLT - Vous avez abordé la plupart des genres littéraires - théâtre, journal, poésie, récit, nouvelles... Y-a-t-il aujourd'hui un genre où vous vous sentez plus à l'aise ?

CJ - Si j'ai écrit selon ces différents modes, ça n'a jamais été quelque chose de délibéré. Les choses se sont faites comme cela en fonction de mon évolution, des circonstances, de différents facteurs, mais il n'y a pas une forme d'écriture qui me conviendrait plus qu'une autre… Bien que, peut-être, malgré tout, le journal et les poèmes… J'aime assez cette écriture par fragments et dans la concision… J'aime écrire des poèmes, mais ces dernières années j'en ai écrit bien peu …

JLT - Quel rapport entretenez-vous avec la fiction ? Est-ce un moyen qui vous semble acceptable aujourd'hui pour vous dire ?

CJ - Pendant plusieurs années - de longues années - j'ai été obligé de faire tout un travail sur moi-même, qui excluait l'imagination. Mais maintenant, ce travail est accompli pour une grande part - même s'il ne prend jamais fin- et je me sens beaucoup plus libre ; l'imagination peut intervenir. J'ai d'ailleurs l'intention d'écrire un certain nombre de nouvelles.

JLT - J'interviewais il y a quelque temps Pierre Michon et il me disait combien la lecture de votre journal l'avait aidé à écrire quand lui même rencontrait des difficultés dans la création. Qu'est ce que ça vous fait de savoir que vos livres aident d'une certaine manière autrui à reprendre confiance ?

CJ - Au début, quand je recevais des témoignages semblables à celui-ci, ou bien des lettres dans lesquelles on me disait "votre journal m'a aidé", j'étais très surpris et incrédule, car, comme les deux premiers tomes de ce journal ont été écrits au long d'années difficiles pour moi, je n'arrivais pas à comprendre comment ces notes très sombres pouvaient aider quelqu'un. Or, maintenant, je le comprends tout à fait. Je crois qu'on aime découvrir chez autrui une aventure semblable : lorsqu'on est engagé dans une aventure intérieure, on vit dans une grande solitude. On est très seul, d'abord parce qu'on ne sait pas se formuler à soi même, ensuite parce qu'on vit dans un monde où la recherche spirituelle n'a pas tellement droit de cité. Je conçois donc maintenant tout à fait que, quand on découvre dans un texte, des notes, des passages, des réflexions dans lesquelles on se retrouve, on ressente peut être à la fois une délivrance et l'assurance qu'on n'est pas seul, puisque quelqu'un d'autre a vécu des choses semblables.

JLT - Vous avez fait un certain nombre de sacrifices pour vous consacrer à l'écriture. Peut-on dire qu'il y a une forme d'héroïsme à persévérer dans cette voie aux antipodes de ce que la société prône aujourd'hui : à savoir réussite rapide et apparente efficacité ?

CJ - Je ne parlerai pas d'héroïsme, mais il est certain que l'écriture était ma passion et que, quand on a une passion, on est amené à faire des sacrifices… Mais y a-t-il réellement "sacrifices" ? Ce sont simplement des choses qui ne vous intéressent pas, qui ne vous intéressent plus, même si elles vous ont intéressé un jour. Un sillon se creuse et on le suit. Alors, évidemment, parfois, dans le découragement, le doute, la difficulté, il faut faire des sacrifices - et j'en fais encore constamment - mais c'est le prix à payer. On ne peut se consacrer passionnement à une aventure et par ailleurs se laisser solliciter de tout côté. Ce n'est pas possible. Il faut choisir.

JLT - Vous est-il arrivé de penser que cette décision de vous consacrer uniquement à l'écriture pouvait être égoïste pour votre entourage ?

CJ- Je n'ai jamais vu les choses comme cela. J'éprouvais ce besoin d'écrire et il est arrivé un moment où je devais absolument lui céder. Ma vie et celle de mon entourage immédiat s'est donc organisée en fonction de ce besoin, mais il n'y a jamais rien eu de forcé. Les choses se sont toujours faites dans la souplesse et la complicité.

JLT - La création passe-t-elle selon vous par un certain égoïsme ?

CJ - Au contraire, c'est pour s'ouvrir sur l'universel. Mais c'est vrai qu'écrire exige beaucoup de concentration et de travail.

JLT - Donc d'oubli des autres ?

CJ - Pas forcement d'oubli des autres ; je n'ignore pas les autres, mais parfois pour écrire, évidemment, il faut s'enfermer chez soi. Il n'y a pas de mystère. Il faut beaucoup travailler.

JLT - Quand on lit votre œuvre, on mesure l'importance qu'ont pu avoir sur vous des personnalités telle que Beckett ou Bram Van Velde. Ils étaient en quelque sorte les maîtres et vous le disciple. Aujourd'hui, pour beaucoup, vous êtes considéré comme un maître. Qu'en pensez-vous ?

CJ - [rires] Je ne me considère pas, bien sûr, comme un maître, mais c'est vrai qu'après quarante ans de travail, de reflexions, de lectures, on arrive à comprendre certaines choses, et quand on peut en faire profiter autrui, il ne faut pas s'y refuser. Mais je ne recherche pas du tout cette position là.

JLT - N'en avez-vous pas assez qu'on rappelle souvent votre filiation intellectuelle avec Beckett ? Alors que votre œuvre n'a rien en commun avec celle de Beckett et qu'elle apporte autre chose ?

CJ - Oh, moi, rien ne me dérange [rires] ! Je sais comment les choses se sont passées. Il fut un temps, bien sûr, où j'ai lu Beckett passionnement. C'est une oeuvre importante, avec laquelle je coïncidais. Mais il est arrivé un moment où mon chemin m'a éloigné de cette œuvre. Dès lors, il a fallu que je m'en écarte et c'est vrai que depuis des années je n'ai pas rouvert un livre de Beckett. Je n'en éprouve pas le besoin. Par ailleurs, cette œuvre, je l'ai beaucoup lue. Je pense donc en avoir retiré ce que je pouvais en retirer.

JLT - Pourquoi avez-vous éprouvé, à une époque, le besoin de rencontrer des écrivains ou des artistes, ou d'aller sur les lieux où certains avaient vécu ?

CJ - Il y a des œuvres importantes qui agissent comme des aimants et il est important de les lire. Elles vous enrichissent. J'ai toujours eu un rapport un peu passionnel avec les œuvres que j'aimais. Il y a eu Beckett, Hölderlin, des peintres… Ce sont des étapes qui ont jalonné mon parcours.

JLT - Trouvez-vous que la littérature actuelle s'occupe trop de l'extérieur, du
" médiatique ", au détriment d'une littérature davantage tounée vers la spiritualité et la recherche de soi ?

CJ - La première forme de littérature que vous évoquez existe, mais finalement je ne la connais pas bien [rires]. Je ne la lis pas. Mais il est vrai qu'on voit des livres écrits un peu rapidement, qui se consomment vite. Cela répond à l'époque. Un public y trouve sans doute son compte. D'autres lecteurs ont besoin d'une nourriture plus substantielle. Chacun trouve une nourriture à la mesure de sa faim. Il faut le comprendre. Les gens très affamés trouvent les œuvres qui leur conviennent.

JLT - Les gens d'aujourd'hui sont, selon vous, moins affamés ?

CJ - Je ne sais pas trop. Il y aussi des gens complètement perdus. Peut-être ne savent-ils pas que certains livres existent qui pourraient les aider ? On vit une époque de grand désarroi. Notre société est malade : il y a eu une évolution très rapide, qui fait que bien des êtres se sentent perdus et ne savent plus où ils en sont.

JLT - La notoriété vous a-t-elle changé ?

CJ - Pas du tout. Lorsqu'elle est survenue après la publication de l'Année de l'éveil, j'avais déjà un certain âge. J'ai donc vécu cela avec plaisir, mais détachement. En même temps, ce qui s'est passé pour moi m'a fait grand bien. Je me battais contre un doute profond et il est certain que les témoignages que j'ai alors reçus m'ont aidé à surmonter ces doutes.

JLT - Y a t-il des passages dans votre journal que vous regrettez d'avoir écrit ?

CJ - Je ne peux pas dire que je les regrette, mais il est certain qu'il y a des notes qui ont été écrites alors que j'étais en pleine détresse et qui ne reflètent pas absolument ce que je suis au plus intime de moi-même.

JLT - N'est ce pas le propre du journal ?

CJ - Voilà. Elles ont été écrites, et si elles ont été écrites, c'est que je les ai vécues. Il est évident que maintenant je me sens parfois loin de ces moments là - fort heureusement d'ailleurs - mais je n'ai pas pour autant à vouloir les retrancher.

JLT - De quels auteurs actuels vous sentez-vous proche ?

CJ - Je ne sais pas trop vous dire. En fait, je lis peu de littérature actuelle. Du reste, je lis de moins en moins, parce que je travaille. Naturellement, il y a des écrivains dont je suis proche, mais.. Tous ces temps, j'ai lu des auteurs du passé. Actuellement, je suis plongé dans un traité d'esthétique d'un calligraphe chinois du 17ème ou 18ème siècle pour préparer une conférence.

JLT - Bien souvent dans votre journal, vous vous reconnaissez un peu déçu par la mise en scène de vos pièces et le jeu des acteurs. Y a-t-il des acteurs que vous aimeriez voir lire ou interpréter vos textes ? Quelqu'un comme Laurent Terzieff par exemple ?

CJ - Bien sûr, oui. C'est un très bon acteur et j'aimerais bien qu'un de mes textes l'intéresse.

JLT - Aviez-vous déjà songé à Laurent Terzieff ?

CJ - Oui, mais de loin, comme une possibilité. Je ne le connais pas. Du reste, je ne connais pas le milieu du théatre. Mais si ça se produisait, j'en serais très heureux.

JLT - Vous avez écrit sur des peintres, sur des écrivains, mais à ma connaissance jamais sur des musiciens ou des compositeurs. Pourquoi ?

CJ - C'est trop difficile et je ne m'en sens pas capable. Il est difficile de parler des émotions que la musique procure. J'ai écrit de très courts textes sur Chet Baker.

JLT - Pourquoi pas un ouvrage sur un jazzman ?

CJ - Non. Je n'en serais pas capable. Mais j'aime beaucoup le jazz, bien sûr, ainsi que d'autres musiciens du passé : Monteverdi, Schubert, Mozart… Fauré, dont le Requiem me touche beaucoup.

JLT - Dans votre journal, vous parlez quelque fois de politique. Que vous inspire la situation française actuelle ? L'écrivain, dans certaine situation politique délicate, a-t-il un rôle à tenir ?

CJ - Je le crois, oui. Quand certaines idées, certaines valeurs auxquelles il tient risquent d'être menacées, il doit se battre pour les défendre dans la mesure de ses moyens.

JLT - Dans l'écriture ou l'action ?

CJ - D'abord dans l'écriture ; dans l'action, c'est à voir ! Un écrivain n'est pas non plus un homme qui peut se produire sur les estrades. Tout cela est aussi affaire de tempérament.

JLT - Aimez-vous voyager ?

CJ - Oui, bien sûr. Et j'espère d'ailleurs qu'avec cette amie peintre, qui est aussi l'auteur du livre, nous irons en Corée du Sud en octobre prochain. Si cela se fait, j'en serais très heureux… D'ici là, je pars dans quelques jours pour l' Allemagne où je suis invité dans plusieurs instituts.

JLT - Quels pays vous ont marqué ?

CJ - J'ai beaucoup aimé le Mexique, mais sans dire que je connais. Et puis le Japon. Ah oui, j'ai beaucoup aimé le japon [silence]. Les japonnais ont le sens du rapport humain. Quand on voyage, ils sont extrêmement attentifs. Si vous êtes perdu, il y a toujours quelqu'un pour venir vous aider, vous dépanner, pour se dérouter. J'ai beaucoup apprécié tout cela. J'aime beaucoup l'art et la littérature japonnaise.

JLT - Est-ce pour vous une deuxième patrie ?

CJ - Oui. Je ne sais pas. Peut être. Je m'y sens accordé. J'y suis resté presque un mois et m'y suis beaucoup plu. Je suis allé dans plusieurs villes, et il y a eu des moments tout à fait extraordinaires. Un jour, j'ai visité un très beau monastère. Curieusement, la neige était tombée. Il faisait très beau. C'est un monastère dont le toit est couvert de feuilles d'or. Ce toit scintillait et il y avait la neige. Ce n'était pas encore l'hiver. Les arbres avaient encore toutes leurs feuilles et, là bas, il y a des érables au feuillage orange, rouge vif. Ces couleurs mêlées au vert sombre des sapins, et des pins, c'était vraiment magique.

JLT - On sait votre passion pour le sport - notamment pour la boxe et le rugby - et nous parlions du Japon et de la Corée, transition habile : suivez-vous la Coupe du monde de football ?

CJ - [rires] Oui, bien sûr !

JLT - Ecrivez-vous à l'aide d'un ordinateur ?

CJ - Pas du tout. L'ordinateur ne me tente pas. J'ai tellement l'habitude d'écrire à la main et puis j'écris lentement alors je ne me vois pas passer deux heures devant un écran sans rien faire. J'aime que mon regard puisse un peu errer….

JLT - Comment procédez- vous ?

CJ - J'avance très lentement, mais une fois que j'ai vraiment travaillé un texte je ne le retouche plus. Mais c'est lent à venir.

JLT - Une page en une après-midi ?

CJ - Une page, quand ça va bien.

JLT - Et ça va toujours bien ?

CJ - Ah, non [rires] ! Malheureusement non ! Je ne sais pas pourquoi. C'est évidemment lié à ma complexion. J'ai beaucoup de difficultés pour écrire. Je me bats et c'est curieux parce qu' une fois que les choses sont là, je me dis " mais où était la difficulté ? ", tout me semble si simple…

Propos recueillis par Jean-Louis Tallon
Librairie Le passage, à Lyon - Juin 2002
 
Charles Juliet - Photo Horspress

 

Lambeaux - Edition Folio
 
L'Année de l'éveil - Editions Folio
 
L'Inattendu - Editions Folio
 
Lavis de Bang Hai Ja
 
 

Extrait d'une traduction de Choi Kwon Hang

 
Lavis de Bang Hai Ja
 
 
 
1934 : naissance de Charles Juliet - à trois mois, il est placé dans une famille de paysans suisses
1945-1954 : Ecole des Enfants de troupe
1954 : Ecole de Santé Militaire de Lyon
1957 : Abandonne ses études et se consacre à l'écriture
1972 : parution de Fragments
1978 : Publication chez POL du tome I du Journal
1989 : Publication de l'Année de l'éveil.

Charles Juliet vit aujourd'hui à Lyon

 
 
Quelques ouvrages de Charles juliet à découvrir
P.O.L
l'Incessant, 2002
Ténèbres en terre froide, Journal 1 (1957-1964),
2000
Attente en automne
, 1999
Ecarte la nuit, théâtre,
1999
Rencontre avec Samuel Beckett, 1999
Rencontres avec Bram van Velde
, 1998
A voix basse
, 1997
Lueur après labour
, Journal 3 (1968-1981), 1997
Lambeaux, 1995
Accueils, Journal 4 (1982-1988), 1994
Carnets de Saorge, 1994
l'Inattendu, 1994
Ce pays du silence,
1992
l' Année de l'éveil
, 1989

EDITIONS L'ECHOPPE
Entretien avec Pierre Soulages, 1987
Entretien avec Raoul Ubac, 1994

EDITIONS LA PASSE DU VENT
Trouver la source, 2000

EDITIONS FLOHIC
Charles Juliet en son parcours, 2001

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