Premier
volet d'un triptyque sorti en fin d'année et comprenant
également une vidéo enregistrée lors de
leur dernière tournée (5 11) ainsi que le coffret
Retro, International rassemble les plus grands titres de New
Order. Rappelons d'ailleurs qu'au moins la moitié des
morceaux d'International (dont Ceremony, Blue monday, Touched
by the hand of God ou, plus récemment, Here to stay)
ne figure sur aucun album et qu'à moins de posséder
les maxis d'époque, il est bien difficile de jeter une
oreille sur les versions originales ! Et ce au nom d'une distinction,
chère à New Order - qui s'apparente d'ailleurs
à un véritable suicide commercial - entre le one
shot accrocheur et fédérateur du single et la
cohérence et l'ambiance de l'album.
1981, le punk s'éteint, 2002, l'électro triomphe.
Revue d'une compilation en forme de magistrale leçon
d'histoire musicale.
Ceremony. Le dernier morceau écrit par Joy Division,
le premier enregistré par New Order. Un motif de guitare
hypnotisant de répétition, une voix blanche mixée
très bas : New Order paie son tribut au post-punk et
à la new-wave naissante, avant d'écrire les premières
pages de l'histoire de l'electro-pop et de la house.
Blue
Monday. Le chef d'uvre inconnu. Record absolu de
ventes pour un maxi à sa sortie, la légende
veut que le titre n'ait jamais rapporté un sou au groupe,
en raison d'une pochette trop luxueuse. Régulièrement
repris, samplé, pillé (dernièrement par
Kylie Minogue), son beat incroyable est à l'électro
ce que le riff de Smells like teen spirit est au punk. Mais
rares sont ceux qui y associent le nom de New Order...
Confusion.
La voix de Bernard Sumner se réchauffe, New Order invente
le funk synthétique et blanc. Confusion. House music.
Thieve
like us. Un titre écrit en plein ventre mou des
années 80. L'un de ceux qui a le plus mal vieilli sur
cette compilation. Comparé à ce que faisaient
Depeche Mode (Master and Servant) ou The Cure (Let's go to
bed) à l'époque, cela sonne pourtant encore
de façon très moderne.
The
perfect kiss. Le chouchou des fans du groupe. Un condensé
de l'art de New Order, dommage que la version proposée
sur International soit tronquée. C'est heureusement
la seule sur la compilation.
Bizarre
love triangle. A un beat énorme et une mélodie
fragile (Blue monday), Bizarre love triangle ajoute une ligne
de chant stupéfiante de maladresse et de génie.
Comment l'attirail synthétique de la première
minute, déployé pour faire transpirer sur les
pistes de danse, peut-il introduire un couplet et surtout
un refrain d'une telle perfection pop ? C'est le mystère
que cherchent à percer la légion d'investigateurs
qui ont repris Bizarre love triangle en version light et acoustique
(Frente !, Devine and Staton...).
True
faith. Avec Thieves like us, l'autre morceau un peu daté.
Curieusement, c'est pourtant l'un de ceux qui fait le plus
largement appel aux guitares. Comme si celles-ci supportaient
moins le poids des années que les synthétiseurs.
Peut-être l'un des textes les plus explicites de Barney,
sur la drogue et la dépendance : " I feel so extraordinary...
"
Touched
by the hand of God. Le mix original 12'' présent
sur International est bien meilleur que les versions edit
plus communes de la chanson. Sous ce nouveau jour, inconnu
de tous ceux qui ne disposent pas du vinyle sorti en 1987,
Touched by the hand of God s'impose avec l'évidence
d'un grand titre, touché par la grâce.
Round
and round. 1989, Manchester est devenue Madchester, les
Happy Mondays abreuvent l'Angleterre de leur baggy-rock dansant
et chimique, la house triomphe. New Order se fend de Round
and round, nouvel exercice de pop sans guitare mais sans doute
sous ectasy. Le plus beau refrain jamais écrit par
le groupe.
Regret.
Inoubliable échange guitare synthé pendant l'intro,
avant que la basse de Peter Hook ne les bouscule pour faire
glisser le morceau vers les couplets. Le meilleur titre du
New Order des années 90. Le seul de cette compilation
aussi.
Crystal.
Le single qui brisa 8 années de silence. Très
électrique, paré d'une basse et d'une guitare
entêtantes et surtout de choeurs extraordinaires. Tout
simplement l'une des meilleures chansons du groupe.
60
miles an hour. Ce morceau n'a rien à faire sur
cette compilation, d'ailleurs il n'aurait jamais du sortir
en single. Extraits du dernier album, Turn my way, Close range
ou même Rock the shack ont tout de même plus d'allure.
Here
to stay. Issu des sessions du dernier album Get Ready,
mais beaucoup plus électro que les titres retenus pour
figurer sur celui-ci, Here to stay a été produit
par les jeunes neveux de Sumner, Hook et Morris, les Chemical
Brothers. On ne pouvait rêver meilleur titre pour clôturer
cette compilation. New Order est là pour rester, et
pour longtemps.
New
Order, c'est d'abord le groupe fondé par les trois
survivants du groupe Joy Division. En l'espace de trois ans,
deux albums et une poignée de EP, les quatre Mancuniens
enterrent le punk et ouvrent une voie que le rock contemporain
n'a pas fini d'explorer. Après le suicide de leur chanteur,
Ian Curtis, en 1980, Bernard Sumner (chant, guitares, synthé),
Peter Hook (basse, chant) et Stephen Morris (batterie), rejoints
par Gillian Morris (guitares, synthés), se font les
pionniers de l'electro-pop triomphante et d'une certaine new
wave.
Le groupe s'éteint progressivement à l'aube
des années 90. Rien qu'un album, Republic, en 1993.
Bien que le groupe ne se soit jamais officiellement séparé,
Bernard Sumner, Peter Hook, Stephen Morris et Gillian Gilbert
reconnaissent aujourd'hui ne pas s'être adressé
la parole pendant cinq bonnes années. Et en 2001, alors
que plus grand monde ne donnait cher de la peau du groupe
(malgré un titre " Brutal " sur la BO de
The Beach avec L. di Caprio et quelques concerts à
partir de 1998), sort Get Ready, l'album de la résurrection
qui éclabousse de sa classe toute la concurrence...
et se révèle un vrai flop commercial. Les Mancuniens,
réduits à trois après la semi-retraite
de Gillian pour cause d'enfant malade, ne s'avouent pas vaincus
pour autant et après une tournée en forme de
retrouvailles avec un public frustré d'une si longue
absence, sont de nouveau en studio pour un album prévu,
au mieux, pour la fin 2003.
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Mathieu
Lebeau
décembre 2002 |
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