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Main railway Station Stuttgart Ingenhoven Overdiek und Partner - Courtesy Biennale di Venezia (détails) La Biennale d'architecture de Venise 2002 ...
       Jusqu'à quel point peut-on accepter dans son corps un virus qui menace de déformer la séquence de son propre ADN?
Quelle couleur survit à une dose massive de noir avant de devenir irréversiblement noir jaunâtre, rougeâtre ou bleuâtre? Combien de temps peut résister une discipline à l'intrusion d'une autre? Peut-on mourir d'un surplus d'art?


L'architecture contrainte par les monuments à se chercher pendant des siècles à l'intérieur de catégories artistiques est depuis toujours menacée d'extinction ou, pire, de scission, étant agressée, par derrière, par la technique des ingénieurs et par les règlements des gouvernements.
Pour comprendre où elle en est, nous sommes retournés à Venise.

Nous voulions savoir si elle était vraiment morte, comme cela semblait il y a deux ans, étouffée par les vidéos d'espaces seulement virtuels et par des projets souvent beaux mais irréalisables ou inimaginables dans le contexte flou de nos villes.
"Next", huitième Exposition Internationale d'Architecture, inaugurée le 8 septembre (fermée depuis le 4 novembre), a donc été l'occasion de faire le point sur l'état d'intégration de la discipline architectonique dans le chaudron de la culture contemporaine et une excuse pour revoir un an après les espaces de la Biennale. Les vrais espaces, ceux de l'Arsenal faits de briques et d'humidité pour construire la puissance de Venise, s'opposent à ceux artificiels, des pavillons des nations aux Jardins du Château, nés pour ne pas être habités, souvenir absurde d'une époque où existaient, où l'on pensait qu'existaient les cultures nationales, les arts nationaux, les architectures d'un pays, les nations.
Comme l'année passée pour l'Art, dans la Biennale d'Architecture, le meilleur est donné à voir à l'Arsenal, où les projets sont présentés par typologies
fonctionnelles : les habitations, les musées, les lieux d'échange, l'éducation, le travail, le shopping, le spectacle, les édifices publics et de culte et enfin les plans d'urbanisme. Seule exception et faiblesse d'une organisation pour une fois à louer, la volonté d'insérer au centre de cette succession une section caractérisée par la seule typologie de construction, dédiée aux tours. Le choix nous a paru trop évident et superflu étant donné que les Etats-Unis avaient consacré leur pavillon au souvenir des victimes du 11 septembre et aux projets de réédification de ground zero. Les projets des tours auraient certainement pu trouver leur place à l'intérieur d'autres sections. Au fond, ces bâtiments accueilleront des bureaux ou des lieux de production, ou encore des appartements.
Pour le reste nous avons éprouvé une grande satisfaction à découvrir une organisation très claire de toutes les sections. Les projets présentés à travers l'utilisation de dessins techniques et surtout de maquettes de différentes échelles permettent une lecture immédiate, chose désormais rare dans les publications spécialisées, victimes souvent d'un excès de graphisme.
Tous les projets ne sont pas exceptionnels, mais la quasi-totalité est d'un excellent niveau. Surtout la recherche de la simplicité du geste architectural nous est apparue de nouveau en vogue. L'école de la complexité qui se voit, celle des surfaces forcément inclinées, des fenêtres à tout prix, après avoir soufflé comme le mistral sur nos banlieux, déjà éprouvées par la vague postmoderne, est peut-être en train de perdre de son influence. Face à l'Ocean Retreat de Steven Holl, à l'Attico de Tadao Ando à NY, aux bureaux de Tokyo Ito et Campo Baeza, au théatre de Claus en Kaan pour Middelburg, à la Kolumba de Peter Zumthor, le travail de Frank O. Gehry et Zaha Adid montre ici sa faiblesse. Etre confus ou carrément vague ne paye plus.
Maintenant que le désastre postmoderne est évident, avec son intrégration jamais réalisée entre histoire et technologie, entre monuments et petites villas suburbaines, et avec la ruine née de la spéculation du bâtiment et des politiques publiques, toujours en retard sur la théorie architectonique, mais prêtes à se l'approprier de façon démagogique, seuls la clarté et l'usage conscient des matériaux de construction peuvent guérir les blessures infligées à nos paysages urbains et naturels.
A ce propos il est important de mentionner au moins trois des pavillons nationaux : à savoir la Grèce, le Brésil et la Finlande.
La Grèce, déjà, n'a présenté aucun projet. Dans son espace, une série de diapositives, divisées par thème, illustrent à partir de la micro-échelle urbaine l'absolu réalisme de la ville d'Athènes. Ce ne sont pas tant les habitations, par ailleurs monotones de la ville, qui intéressent, mais plutôt les exceptions, les changements introduits par l'usage, les disharmonies nées de l'oubli, l'exubérance du privé sur un espace public trop anonyme. Athènes est une ville étrange, chaotique, aux frontières du monde européen. Mais surtout c'est une ville moderne, sans vraiment le paraître. S'il s'agit bien d'une ville bétonnée, l'utilisation de l'espace reste très traditionnelle. C'est ce qu'aiment les Grecs et dans cette expo, ils ont essayé d'expliquer pourquoi, sans en dire plus. Sans penser à ce qu'il adviendra de cette ville si elle continue à s'étendre.
Le Brésil a en revanche décidé de mettre la main aux immenses bidonvilles qui entourent ses villes. Et il a décidé de le faire à travers un programme d'intervention publique qui privilégie la réhabilitation de petits espaces communs, plutôt que l'inutile gaspillage d'argent dans l'édification de nouveaux quartiers. Terrains de basket, places, arrêts d'autobus et terrasses panoramiques portent un peu de couleurs et s'affirment comme pauses et noyaux d'ordre dans l'indistinct développement des favelas. Nos compliments au Brésil qui a compris à quoi sert d'avoir un pavillon à la Biennale. Si la présentation par nations a encore un sens, celle-ci réside dans la possibilité de faire savoir aux autres ce qui est en train de se faire de bon et de concret pour résoudre les problèmes de ses propres villes ou de son territoire. Et le Brésil l'a fait.
Mais nos compliments aussi à la Finlande qui sait que ce sont les architectes qui font de l'architecture et qui offre à l'Afrique l'unique vitrine qui lui ait été concédée. Dans leur pavillon sont en effet exposés seulement des projets réalisés par des Finlandais en pays africains. Comme pour la Grèce et le Brésil, là aussi l'échelle est petite, mais l'idée est grande.
Ces exemples laissent espérer. Ce sont des idées simples, mais des idées claires. Comme c'est le cas pour les meilleurs projets de l'Arsenal. L'Architecture cuve son vin après l'entrée massive de l'informatique dans sa production. Elle a également réussi à se sauver de la menace des vidéos comme instruments de représentations. Elle reprend difficilement sa route et les idées sont nombreuses et toutes diverses. Il est dommage de voir que la même chose ne concerne pas tous les pays, mais peut-être est-ce seulement une question de temps ?
Ajoutons pour finir que les Pays Bas ont gagné la compétition entre les nations, Alvaro Siza a eu le prix pour son projet de l'Ibere Camargo Foundation et Toyo Ito pour sa carrière. Comme d'habitude, peut être on aurait pu faire preuve de plus d'audace dans le choix final.
Il reste ancore une question : où est passé Monsieur Remment Lucas Koolhaas?

Mario Mainetti
Milan - Novembre 2002
 
 
Main railway Station Stuttgart Ingenhoven Overdiek und Partner - Courtesy Biennale di Venezia
 
Idea Store for London Borough of Tower Hamlet, Whitechapel rd, London Adjaye Associates- Courtesy Biennale di Venezia

 

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